Ce qu’ils m’ont appris, c’est la générosité, le pardon, le partage, l’acceptation et que l’amour est une ressource inépuisable

Je m’appelle Louis-Marie, j’ai vingt-quatre ans et comme mon prénom le laisse présager, je suis issu d’une famille cathos-de-droite-à-particule, mes parents se sont rencontrés à Lourdes, j’ai deux frères et une sœur et je suis homosexuel. Je ne reviendrai pas sur mon parcours d’homme, comme tant d’autres, j’ai moi aussi été blessé par les discours que j’ai pu entendre en grandissant à l’école ou à l’église et je souffre encore aujourd’hui de ce déferlement de haine et d’incompréhension. J’ai réussi à faire la paix avec moi-même, à trouver le bonheur dans ma singularité et à vivre ce que je suis sans ressentir le besoin de me cacher.

J’ai l’incroyable chance d’avoir une famille extraordinairement ouverte et tolérante et même si les débuts ont été un peu forcés, qui a fini par comprendre que cet aspect de ma vie, quoi que fondamental, est constitutif de qui je suis. Je suis un homme, blanc et homosexuel, ces caractéristiques me sont propres mais ne m’appartiennent pas, je n’ai rien choisi. Lorsque je leur ai annoncé que je préférais les garçons, je n’aurais jamais imaginé que par amour pour moi, cette bataille deviendrait la leur. A leurs amis qui se défendent d’être homophobes, mon père rétorque : « le constat est pourtant simple, refuser les mêmes droits aux noirs qu’aux blancs, c’est du racisme, refuser les mêmes droits aux femmes qu’aux hommes, c’est du sexisme et refuser les mêmes droits aux homosexuels qu’aux hétérosexuels, c’est de l’homophobie ». Difficile de répondre à cet argument, même s’il est un peu caricatural. Ma mère, pourtant fervente catholique, refuse de retourner à l’église depuis que le curé a demandé à ses paroissiens de participer au cortège de la Manif’ Pour Tous. « Je ne peux pas les laisser dire ça, je ne peux plus. Je ne peux pas m’empêcher de penser aux homosexuels qui ont la foi et qui doivent la vivre dans cette dictature de la morale puritaine. Je pense aux enfants qui participent à la vie de la paroisse, ceux qui servent la messe, ceux qui vont au catéchisme et qui doivent supporter ce discours qui divise au lieu de rassembler. Je pense à ces enfants qui deviendront homosexuels et qui doivent vivre dans la haine et le dégoût d’eux-mêmes. Avant toi, ces questions ne s’étaient jamais posées et imposées à moi, je suis désolée que tu aies eu à vivre cette situation et je te suis reconnaissante de m’avoir ouvert les yeux ».

Si j’écris aujourd’hui, ce n’est pas pour vous dresser le portrait de la famille parfaite, c’est parce que je vois que mes parents sont victimes de leur milieu et souffrent d’être en opposition contre leurs amis, contre les autres branches de notre arbre généalogique et de devoir vivre avec leurs propres contradictions. La dernière chose que je souhaite à mes parents c’est de ne pas pouvoir vivre leur foi  comme ils l’entendent, car les discours de haine ne sont jamais venus d’eux. Ce qu’ils m’ont appris, c’est la générosité, le pardon, le partage, l’acceptation et que l’amour est une ressource inépuisable. Lorsque je serai père, je m’emploierai à enseigner ces principes à mes enfants.

Comme quoi, tous les catholiques ne sont pas des intégristes extrémistes à la sauce CIVITAS, on ne tend simplement pas le micro aux bonnes personnes.

Ça ne changera pas le monde, mais voilà mon témoignage.

 

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